1 | Annulation des dettes publiques européennes. Une restructuration semble juridiquement, politiquement et financièrement difficile

2 | Indépendance entre dépenses et dettes. Le niveau des dettes ne conditionne plus les dépenses publiques

3 | Nationalisation des liquidités. La monnaie publique devra faire face à l’émergence des monnaies privées

  • Certains économistes appellent à l’annulation des dettes publiques détenues par la Banque Centrale Européenne. Cette restructuration (« Haircut« ) concernerait 2500 milliards d’euros de créances, soit près de 20% du PIB de la zone euro et plus du tiers de l’actif de l’institution monétaire. L’objectif est d’offrir des marges de manœuvre budgétaires aux États en contrepartie de dépenses publiques pour la reconstruction écologique et sociale. Le cadre juridique actuel ne permet pas à la BCE de financer directement les États et son évolution nécessiterait un vote difficile à l’unanimité des pays membres. Les risques de cette proposition sont connus. L’annulation des dettes acterait la perte d’indépendance de la BCE, affecterait la confiance dans les institutions européennes et donc pénaliserait l’euro et les actifs européens. Dès lors, les États ne pourraient plus bénéficier des taux négatifs pour améliorer la soutenabilité de leur dette.
  • Surtout, la logique de conditionner les dépenses au niveau des dettes publiques n’a pas lieu d’être. Les contraintes législatives concernant les déficits publics, celles institutionnelles relatives au Pacte de Stabilité et celles financières liées aux taux d’intérêt ont été levées en 2020. Les États sont dorénavant appelés à s’endetter massivement quels que soient leurs engagements financiers. Car oui, la BCE émet de la monnaie publique. Une annulation de la dette aurait donc un effet comptable neutre pour les principaux intéressés : les contribuables.
  • La proposition contribue néanmoins à un débat plus profond : à qui appartient la monnaie? L’expérience nous montre que son contrôle par les gouvernements peut être source d’hyperinflation, mais aussi qu’une trop forte rigidité monétaire, comme l’ancrage à l’or des années 20, peut amplifier les crises. L’alternative trouvée par l’indépendance des banques centrales a apporté la stabilité des prix et une nouvelle rupture : les nouvelles liquidités répondent à l’instabilité financière mais plus aux besoins en crédits. Il en résulte un excès de liquidité dans la sphère financière et une « nationalisation » de la monnaie. En conséquence, si le débat sur l’annulation des dettes tente d’opposer les gouvernements aux banquiers centraux, il les distrait surtout de leur ennemi commun: les monnaies «privées», centralisées comme le Libra ou décentralisées comme le Bitcoin. Leur émergence conduira à une guerre des monnaies.

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Arthur Jurus
Chef économiste
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